Masao Haijima, l’effacement et l’émotion

MASAO HAIJIMA / Peintures

œuvre de Masao HAIJIMA

Du mardi 17 au samedi 28 mars 2026

Masao Haijima jette sur ce qu’il voit un voile poudreux, scintillant d’une lumière sourde et diffuse, qu’on croirait filtrée par de vieux rideaux de tulle, et qui donne au monde un hiératisme bouleversant. Rien ne trouble ni le calme ni la fixité de sa peinture, si ce n’est, au fond, les signes discrets, mais tenaces, d’un possible effacement. Car si les toits, les fruits ou les visages qu’il couche sur la toile sont là, bien là, posés avec une précision de métronome et une douce simplicité, ils semblent tout en même temps engagés dans un processus de dissolution prochaine.

Les artistes peignent le monde pour en préserver la réalité. Et, certes, Masao Haijima ne perd jamais de vue la beauté de l’univers sensible. Mais la beauté n’est jamais si forte qu’à l’heure où, déjà, elle annonce son départ. Pourquoi ? Parce qu’au plaisir qui arrache un sourire, mieux encore un hoquet d’étonnement, se greffe alors un soupçon de mélancolie. Quand les formes de Masao Haijima s’émettent subtilement et quasi indistinctement, quand à leur assise stable se substitue, par endroits, un caractère indécis, la mélancolie affleure et, avec elle, un ravissement profond.

Rien n’est plus difficile, je crois, que d’irriguer la peinture d’un fluide mélancolique. Une partie de l’art contemporain abonde en violences et en explosions. Mais il faut constater que les artistes parvenant à soutenir avec justesse une tonalité mélancolique sont infiniment peu nombreux. C’est une chance immense que Masao Haijima soit là, et qu’il relève avec humilité et virtuosité ce défi, en résonance avec une époque moins dominée par l’hystérie que par le doute et le désenchantement.

Thomas Schlesser, historien de l’art

Expositions - Entrée Libre -
lundi - vendredi : 12h-19h, samedi : 12h-18h30
fermeture : jours fériés et dimanche