Critique

Dans MI O LI NE, « murmures du ruisseau », le silence préside aux noces musicales et poétiques.
On imagine le ruisseau dérouler ses courbes et dévoiler son mystère en d’insignes murmures où profane et sacré s’interpénètrent et rendent grâce à la poétique d’Issa.
Le monde des éléments, la neige, les nuages, ainsi que les arbres, les insectes, les oiseaux, la grenouille et le cheval se répondent en un jeu sans cesse renouvelé en lequel chaque voix semble être la symbiose d’un antérieur et imperceptible son.
Les haïkus psalmodiés en japonais et en français ou amplifiés et magnifiés par la voix d’une soprano entrent en résonance avec des pièces musicales de Debussy, R. Gagneux, K. Ichikawa, F. Poulenc…
Les pauses entre chaque poème et mélodie sont à elles-mêmes des intermèdes riches de sens. Elles inaugurent et suggèrent un non-dit qui scelle sa destinée dans un lyrisme chaleureux… Ce non-dit, en écho à la voix (e) lyrique d’Issa, donne sa mesure parce que l’humain en est le temple vivant. Aussi, les états de conscience tels la mélancolie, la douceur, l’émerveillement, le recueillement, la passion, l’humour, le pathétique, l’intensité dramatique, se déploient et se résorbent dans une simplicité déconcertante.
L’archétype de la lune et du soleil tisserait-il le canevas de cette composition ?
La lune, parce que piano et poèmes trouvent leurs rythmes et leurs accords dans la coalescence d’une lumière diaphane unissant la présence des choses éparses.
Le soleil, dans l’ordonnance même de l’ensemble vocal, poétique et musical, où une claire lumière froide cerne et vivifie le moindre détail…
Les « murmures du ruisseau » nous invitent peut-être à participer à l’indicible sonate du ciel et de la Terre qui tient sa puissance de cette alchimie du rêve et de la réalité, de l’immobilité et du mouvement.
Olivier WALTER
MARCO POLO magazine