

Archives / Expositions
Hyun-Ok
PARK : peintures
"Paysages"
Du 27 novembre au 12 Décembre 2007
du lundi au vendredi de 12h à 20h
samedi jusqu'à 18h30
Vernissage : mardi 27 novembre
Une artiste au plus près des pulsations de la chair du monde.
Il y a chez Park, Hyun-Ok un art du paysage qui plonge ses racines dans
une tradition très ancienne, et que les techniques de la modernité mises
en oeuvre concourent à exalter. Les tableaux que l'artiste propose font,
cependant, apparaître un pas sur les autres éléments de celui-ci ; Qu'il
s'agisse d'un seul arbre ou de plusieurs en groupe; le motif occupe toujours
une place significative dans l"espace pictural ; et ce, d'autant
plus que la nature dans laquelle l"arbre continue d'être accueilli,
semble avoir été dépossédée des caractères qui auraient permis de la décrire.
On se tromperait pourtant si l"on prêtait à l'artiste l'intention
de rendre, par les moyens de la peinture, et dans sa complexité, l'apparence
sensible d'arbres aperçus lors de promenades. Le projet de Park, Hyun-Ok
n'est en rien celui de l'impressionnisme européen ; et il serait mal venu
ici, pour comprendre ses propos, de faire appel à la notion de <<représentation>>,
au sens où l'entend l'histoire de l'art en occident. C'est que les arbres
qui habitent les tableaux de l'artiste ont quelque chose d'étrange et
de fantomatique. Ils surgissent, non sans difficultés, d'une brume dense
mais lumineuse, dans l'épaisseur de laquelle se laissent deviner plutôt
que voir, bien au-delà d'eux, d'autres arbres, encore plus évanescents.
De ceux-là ne reste que leurs reflets errant dans une mer de couleurs
fanées, une vague réverbération de leur faible et lointaine existence.
Mais, même les arbres du premier plan qui semblent nous interroger, sont
là, saisis par le peintre dans leur isolement extrême, comme au bord du
néant. Souvent sans assise au sol, ils donnent l'impression d'être pris
dans une clarté blafarde d'orage qui a ramené leurs couleurs à une unité
de songe. La gamme chromatique qui les concerne évite la débauche. Park,
Hyun-Ok ignore délibérément le rouge et les teintes ardentes, préférant
jouer sur des verts cendrés ou amande, des jaune lunaires et des bleus
profonds, qui tous gardent en réserve la mémoire d'un gris.
Il faut dire la fragilité de ces arbres aux troncs tourmentés, aux branches
en partie dépouillées de leurs feuilles, semblables à des bras tendus
vers un ciel ait d'un bleu indécis et d'ambre pâle. Le pinceau qui use
ici d'un noir bleuté veiné de mauve, peine à les construire sans rupture
et sans repentirs. Il fait naître les troncs et les branches par à-coups,
par un mouvement discontinu, laissant à la brume lumineuse qui les enveloppe
la possibilité de les traverser. La fragilité de ces arbres tient à leur
caractère presque irréel. Le feuillage, tel qu'il est traité, participe
aussi à cette dématérialisation des objets. Réduit à des taches, parfois
même à des éclaboussures, où dominent le vert-de-gris et le bleu nuit,
il reçoit en partage une nature aérienne, impalpable. Dans certaines toiles,
les plus étonnantes, l'oeil s'attend à le voir flotter dans les vapeurs
encore jaunâtre du crépuscule et s'y dissoudre.
En donnant au pictural pur l'essentiel des fonctions sémiotiques de l'image,
en ne recourant jamais à la ligne, l'artiste montre que les choses ne
doivent pas être pensées comme extérieures les unes par rapport aux autres
et au monde dans lequel elles se trouvent. Reconnaissons-le : parler de
<<chose>>, et même d'<<arbre>> , ne peut être,
dans le présent contexte, qu'un pis-aller, dans la mesure où cette peinture
ignore, à l'évidence, ma croyance, si répandue en Occident, à l'existence
des <<substances>>. L'impossibilité d'une perception absolument
claire et distincte, a ici un fondement ontologique. Elle tient à ce qu'aucun
être ne se replie sur son identité, ni cherche à assurer ses frontières
pour mieux se séparer de ce qui n'est pas lui. Il ne s'agit dont pas,
pour le peintre, de fixer, dans un espace de part en part intelligible,
l'apparence des choses prises dans leurs individualités respectives, mais
de saisir le souffle unique qui fait vibrer leur être et anime l'univers
tout entier. Il y a une puissance de l'indéterminé qui est la puissance
même de la vie. Le meilleur symbole en est, peut-être, l'interpénétration,
comme par osmose, voulue par l'artiste, de ces arbres qu'elle aime tant
et de cette poussière de matière lumineuse en suspension dans l'espace.
On est en présence d'oeuvres qui nous disent que le monde est plein, fait
d'une seule chair, dans laquelle les arbres, mais aussi toutes les autres
choses, n'existent qu'à la façon des veines dans un bloc de marbre ; et
que la mission du peintre est de nous donner à percevoir les structures
et à sentir les pulsations de cette chair.
Fernand FOURNIER, Paris, juillet 2006
